mardi 27 janvier 2026

Oradour-sur-Glane
Avant Oradour

Le 7 juin 1944, vers 15 heures, une colonne allemande, vraisemblablement celle qui a opéré le matin même au château de Laclotte, sur la commune de Castelculier, où elle a fait six victimes, investit la localité de Saint-Pierre-de-Clairac. C'est le résultat d'une dénonciation faite dans la soirée du 6 juin à la Gestapo d'Agen, à la suite de l'annonce du débarquement allié en Normandie.

Aussitôt la Gestapo lance une série d'arrestations de résistants. Des informations recueillies sous la torture conduisent une colonne de la division Das Reich, arrivée en renfort, d'abord au château de Laclotte, puis au château de Castelculier où les Allemands ne trouvent pas les armes qu'ils cherchent. Finalement, ils se dirigent vers Saint-Pierre-de-Clairac. Dans ce village, Maurice Mainguet, chef de groupe à la section Guichard du corps-franc Pommiès (CFP), a recruté une douzaine d'hommes. Il a été informé de l'opération menée dans la matinée par les Allemands au château de Laclotte, mais poursuit tout de même les préparatifs de son groupe dans son épicerie en compagnie de son adjoint Marcel Juteau.

Les Allemands conduits par Henri Hanak de la Gestapo d'Agen font irruption dans le village. A l'aide d'une liste de résistants trouvée dans l'épicerie de Mainguet, ils perquisitionnent et arrêtent un certain nombre de personnes qu'ils soupçonnent d'appartenir à la Résistance. A l'arrivée des Allemands, Maurice Mainguet et Marcel Juteau se sont enfuis. Mais le domicile de Juteau est investi et le résistant abattu alors qu'il tentait de s'échapper par l'arrière de sa maison. Son beau-père, Eugène Balzan, est lui aussi abattu.

Les Allemands regroupent devant l'épicerie toutes les personnes arrêtées. Sont ainsi fait prisonniers, Georges Gaentzler, Jean Sercan, Gabriel Dostes, Emile Routaboul et Raymond Frossard qui figurent sur la liste. S'y ajoutent Pierre Doumic qui habite l'épicerie Mainguet, Marcel Fontaine, Marcel Castex et Marius Bazille qui n’appartiennent pas au groupe de résistance du village. Vers 17 heures, les Allemands les emmènent à la sortie nord du village et les fusillent.
Une stèle érigée en ce lieu rappelle cette exécution sommaire.

Ce sont ces SS de Das Reich, accompagnés de deux miliciens français, qui sont passés par Nérac. Trois jours après ils sont à Oradour.

dimanche 25 janvier 2026

Nérac, la Baïse

Les Allemands au 11, rue François Baudy.

Le 16 juillet 1944, en début de soirée, les Allemands sont arrivés rue François Baudy. Ils cherchaient mes grands-parents. Le gros de la troupe s’est installé au collège, en face de leur maison, dans laquelle ils entraient et sortaient à loisir. Il y avait là mes arrière-grands-parents, Henri et Marie, et leurs petits-enfants : ma tante, 12 ans, ma mère, 9 ans, et mon oncle, 5 ans.

Le matin du 17, le capitaine est venu pour un interrogatoire. Mon arrière-grand-père a été conduit à la remise, devant les barriques. Intimidation ? En tous cas, il n’a rien dit. Le capitaine a alors demandé à deux soldats d’emmener les enfants dans une chambre, pendant qu’il interrogeait mon arrière-grand-mère. Mais les enfants ont entendu la voix forte de leur grand-père : il s’interposait et disait au capitaine que lui s’était battu contre ses « pères » en 14, et que personne ne s’en prenait aux femmes et aux enfants.

Alors le capitaine, un soldat de la Wehrmacht, a répondu qu’il avait lui aussi une femme et trois enfants, et qu’il ne voudrait pas que du mal leur soit fait « quand vous arriverez en Allemagne ».
Peut-être pressentait-il que la guerre allait être perdue. Puis il a ajouté : « Demain, les SS arrivent, et eux ne vous feront pas de cadeaux. Il faut que vous cachiez les enfants. »

Mon arrière-grand-mère est alors partie de maison en maison, chez des voisins, chez des amis aussi, pour demander s’ils pouvaient accueillir les trois enfants. Tous ont refusé : certains parce que le mari était au STO, d’autres… pour d’autres raisons.
Finalement, elle est allée demander secours au couvent des Sœurs de Nevers, sur les Grandes Allées. Là, Mère Anastasie a accepté d’héberger les enfants. Mais ils n'y auront passé qu'une nuit. Car dès le lendemain matin, elle a envoyé chercher mon arrière-grand-mère pour qu’elle les reprenne : des pensionnaires du couvent – des femmes qui y vivaient comme dans une maison de retraite – la pressaient de les renvoyer, car disaient-elles "si les Allemands découvraient qu’elle avait caché les enfants d’Alix, ils mettraient le couvent à feu et à sang".

C’est ainsi que Marie a dû revenir chercher les enfants. Ils ne se souviennent pas que leur grand-mère ait adressé un mot à Mère Anastasie, qui l’attendait dans le hall, mais seulement de cette phrase qui leur était destinée : « Venez, les enfants, et à la grâce de Dieu. »
Deux jours après, c’était l’attentat contre Hitler ; les Allemands ont quitté précipitamment Nérac et les SS ne sont donc pas venus au 11 de la rue François Baudy.

Bien des années plus tard, bien après la Libération, mon grand-père fermait tous les midis son garage pour aller, avec sa 4CV, chercher la soupe aux cuisines de ce même couvent des Soeurs de Nevers et monter les gamelles à celui des Clarisses, sur les hauteurs de Nérac. Il n’était pas rancunier.