mardi 27 janvier 2026

Oradour-sur-Glane
Avant Oradour

Le 7 juin 1944, vers 15 heures, une colonne allemande, vraisemblablement celle qui a opéré le matin même au château de Laclotte, sur la commune de Castelculier, où elle a fait six victimes, investit la localité de Saint-Pierre-de-Clairac. C'est le résultat d'une dénonciation faite dans la soirée du 6 juin à la Gestapo d'Agen, à la suite de l'annonce du débarquement allié en Normandie.

Aussitôt la Gestapo lance une série d'arrestations de résistants. Des informations recueillies sous la torture conduisent une colonne de la division Das Reich, arrivée en renfort, d'abord au château de Laclotte, puis au château de Castelculier où les Allemands ne trouvent pas les armes qu'ils cherchent. Finalement, ils se dirigent vers Saint-Pierre-de-Clairac. Dans ce village, Maurice Mainguet, chef de groupe à la section Guichard du corps-franc Pommiès (CFP), a recruté une douzaine d'hommes. Il a été informé de l'opération menée dans la matinée par les Allemands au château de Laclotte, mais poursuit tout de même les préparatifs de son groupe dans son épicerie en compagnie de son adjoint Marcel Juteau.

Les Allemands conduits par Henri Hanak de la Gestapo d'Agen font irruption dans le village. A l'aide d'une liste de résistants trouvée dans l'épicerie de Mainguet, ils perquisitionnent et arrêtent un certain nombre de personnes qu'ils soupçonnent d'appartenir à la Résistance. A l'arrivée des Allemands, Maurice Mainguet et Marcel Juteau se sont enfuis. Mais le domicile de Juteau est investi et le résistant abattu alors qu'il tentait de s'échapper par l'arrière de sa maison. Son beau-père, Eugène Balzan, est lui aussi abattu.

Les Allemands regroupent devant l'épicerie toutes les personnes arrêtées. Sont ainsi fait prisonniers, Georges Gaentzler, Jean Sercan, Gabriel Dostes, Emile Routaboul et Raymond Frossard qui figurent sur la liste. S'y ajoutent Pierre Doumic qui habite l'épicerie Mainguet, Marcel Fontaine, Marcel Castex et Marius Bazille qui n’appartiennent pas au groupe de résistance du village. Vers 17 heures, les Allemands les emmènent à la sortie nord du village et les fusillent.
Une stèle érigée en ce lieu rappelle cette exécution sommaire.

Ce sont ces SS de Das Reich, accompagnés de deux miliciens français, qui sont passés par Nérac. Trois jours après ils sont à Oradour.

dimanche 25 janvier 2026

Nérac, la Baïse

Les Allemands au 11, rue François Baudy.

Le 16 juillet 1944, en début de soirée, les Allemands sont arrivés rue François Baudy. Ils cherchaient mes grands-parents. Le gros de la troupe s’est installé au collège, en face de leur maison, dans laquelle ils entraient et sortaient à loisir. Il y avait là mes arrière-grands-parents, Henri et Marie, et leurs petits-enfants : ma tante, 12 ans, ma mère, 9 ans, et mon oncle, 5 ans.

Le matin du 17, le capitaine est venu pour un interrogatoire. Mon arrière-grand-père a été conduit à la remise, devant les barriques. Intimidation ? En tous cas, il n’a rien dit. Le capitaine a alors demandé à deux soldats d’emmener les enfants dans une chambre, pendant qu’il interrogeait mon arrière-grand-mère. Mais les enfants ont entendu la voix forte de leur grand-père : il s’interposait et disait au capitaine que lui s’était battu contre ses « pères » en 14, et que personne ne s’en prenait aux femmes et aux enfants.

Alors le capitaine, un soldat de la Wehrmacht, a répondu qu’il avait lui aussi une femme et trois enfants, et qu’il ne voudrait pas que du mal leur soit fait « quand vous arriverez en Allemagne ».
Peut-être pressentait-il que la guerre allait être perdue. Puis il a ajouté : « Demain, les SS arrivent, et eux ne vous feront pas de cadeaux. Il faut que vous cachiez les enfants. »

Mon arrière-grand-mère est alors partie de maison en maison, chez des voisins, chez des amis aussi, pour demander s’ils pouvaient accueillir les trois enfants. Tous ont refusé : certains parce que le mari était au STO, d’autres… pour d’autres raisons.
Finalement, elle est allée demander secours au couvent des Sœurs de Nevers, sur les Grandes Allées. Là, Mère Anastasie a accepté d’héberger les enfants. Mais ils n'y auront passé qu'une nuit. Car dès le lendemain matin, elle a envoyé chercher mon arrière-grand-mère pour qu’elle les reprenne : des pensionnaires du couvent – des femmes qui y vivaient comme dans une maison de retraite – la pressaient de les renvoyer, car disaient-elles "si les Allemands découvraient qu’elle avait caché les enfants d’Alix, ils mettraient le couvent à feu et à sang".

C’est ainsi que Marie a dû revenir chercher les enfants. Ils ne se souviennent pas que leur grand-mère ait adressé un mot à Mère Anastasie, qui l’attendait dans le hall, mais seulement de cette phrase qui leur était destinée : « Venez, les enfants, et à la grâce de Dieu. »
Deux jours après, c’était l’attentat contre Hitler ; les Allemands ont quitté précipitamment Nérac et les SS ne sont donc pas venus au 11 de la rue François Baudy.

Bien des années plus tard, bien après la Libération, mon grand-père fermait tous les midis son garage pour aller, avec sa 4CV, chercher la soupe aux cuisines de ce même couvent des Soeurs de Nevers et monter les gamelles à celui des Clarisses, sur les hauteurs de Nérac. Il n’était pas rancunier.

dimanche 3 septembre 2023

Gilles Jamain (1925-1943)
Gilles Jamain – La jeunesse face à la barbarie

Gilles Jamain est né en 1925 à Saint-Nazaire-sur-Charente. Apprenti plâtrier, il s’engage très tôt dans la Résistance. En décembre 1941, à l’âge de seize ans, il rejoint les Francs-Tireurs et Partisans dans la région de Rochefort.

Il participe à la constitution et à l’encadrement de groupes FTP composés en grande partie de jeunes résistants. Il assure notamment la protection armée des équipes de sabotage opérant en Charente-Maritime. Il agit sous l’autorité de responsables régionaux FTP et mène certaines actions aux côtés de son beau-frère, Maurice Chupin.

Au printemps 1943, à la suite de l’arrestation d’un cadre FTP, son identité est révélée aux autorités allemandes. Gilles Jamain prend la fuite et se cache successivement à La Tremblade, Marennes et Royan, avant de tenter de rejoindre les maquis en formation en Dordogne. Le 14 mai 1943, alors qu’il attend un passage de la Charente près de Rochefort, il est dénoncé et arrêté.

Incarcéré à la prison Saint-Maurice de Rochefort, puis transféré à la prison de la Pierre-Levée à Poitiers, il est interrogé par les autorités allemandes. Il est condamné à mort par un tribunal militaire allemand le 26 août 1943.

Gilles Jamain est fusillé le 3 septembre 1943 à la butte de Biard, à l’âge de dix-huit ans, en même temps que plusieurs autres résistants, dont Maurice Chupin.

Son nom figure parmi ceux des jeunes résistants FTP exécutés en 1943 pour faits de Résistance en Charente-Maritime.

samedi 25 février 2023

Laure Gatet (1913-1943)
Laure Gatet – Une agente de liaison morte en déportation

Laure Gatet naît le 19 juillet 1913 à Boussac-Bourg (Creuse). Pharmacienne et engagée dans des recherches en biochimie, elle vit à Bordeaux au moment de l’Occupation. Dès 1940, elle participe à des activités de propagande contre l’occupant avant d’intégrer, en janvier 1941, le réseau de renseignement Confrérie Notre-Dame comme agente de liaison de la France libre.

Sous couvert de déplacements professionnels et familiaux, elle assure le transport de documents et de renseignements entre la zone occupée, la zone libre et les frontières, dissimulant des papiers classifiés dans du matériel anodin. Elle est arrêtée le 10 juin 1942 lors du démantèlement du réseau CND, à la suite d’aveux obtenus sous la torture.

Détenue successivement à Bordeaux, Paris, Fresnes, Romainville puis Compiègne, elle est déportée le 24 janvier 1943 dans le convoi des 31 000 vers Auschwitz-Birkenau. Enregistrée sous le matricule 31833, affaiblie par la maladie, elle meurt au camp en février 1943. La date officielle de son décès est fixée au 25 février 1943, avec la mention « mort pour la France ».

jeudi 14 avril 2022

Marcel Weinaum (1924-1942)

Marcel Weinaum – La Main Noire

Marcel Weinum naît à Brumath, au nord de Strasbourg, en 1924. Après l’annexion de fait de l’Alsace par l’Allemagne nazie à l’été 1940, il refuse la nazification imposée à la population. Apprenti électricien, il s’engage très tôt dans la Résistance.

En septembre 1940, à l’âge de seize ans, il fonde à Strasbourg un groupe clandestin baptisé La Main Noire. Le réseau se constitue sans encadrement adulte. Il est organisé en cellules, dispose d’armes et de lieux de repli, et se spécialise dans la contre-propagande, le sabotage et le renseignement. Il regroupe environ vingt-cinq jeunes, âgés de quatorze à seize ans, pour la plupart apprentis ou fils d’ouvriers, agissant presque tous à l’insu de leurs familles.

Le groupe mène de nombreuses actions contre les autorités allemandes. L’une des plus marquantes est l’attaque à la grenade contre le véhicule du gauleiter d’Alsace, Robert Wagner. À la suite de cette action, Marcel Weinum est arrêté par la Gestapo. Le réseau est démantelé.
En mars 1942, Marcel Weinum est jugé à Strasbourg par un tribunal spécial allemand avec plusieurs de ses camarades. Condamné à mort, il est exécuté par décapitation le 14 avril 1942 à Stuttgart, quelques semaines après avoir atteint sa majorité. « Si je dois mourir », avait-il écrit à ses parents, « je meurs avec un cœur pur. »
Après la guerre, Marcel Weinum est reconnu comme l’un des plus jeunes résistants alsaciens exécutés par les autorités nazies, et comme le fondateur d’un des premiers réseaux de Résistance en Alsace annexée.

mercredi 24 février 2021

Marie Hackin (1905-1941)

Marie Hackin – Archéologue et officier de la France libre

Marie Hackin, née Marie (ou Maria) Parmentier le 7 septembre 1905 à Rombas (Moselle alors allemande), est archéologue et résistante française. Formée à l’École du Louvre, elle épouse en 1923 l’orientaliste Joseph Hackin, directeur du musée Guimet, et participe à d’importantes missions archéologiques, notamment en Afghanistan, où elle contribue à la découverte du trésor de Begrâm.

Dès 1940, elle rejoint la France libre avec le grade de sous-lieutenant. Aux côtés de Simonne Mathieu, elle joue un rôle majeur dans l’organisation du Corps des volontaires françaises, première structure féminine militaire de la France combattante.

En février 1941, elle embarque avec son mari pour une mission en Inde. Leur navire est torpillé au large des îles Féroé ; Marie Hackin disparaît en mer le 24 février 1941.

Elle est faite Compagnon de la Libération à titre posthume, première des six femmes à recevoir cette distinction, et décorée de la Croix de guerre 1939-1945 avec palme.

samedi 20 juillet 2019

M-Madeleine Fourcade (1909-1989)

Marie-Madeleine Fourcade – Une héroïne de l’ombre.

Il y a trente ans jour pour jour disparaissait Marie-Madeleine Fourcade, née Bridou à Marseille, l’une des rares femmes à avoir dirigé un grand réseau de résistance en Europe. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle prend la tête du réseau Alliance, surnommé « l’Arche de Noé », après l’arrestation de son fondateur Georges Loustaunau-Lacau.
Sous le pseudonyme « Hérisson », elle coordonne plus de 1 000 agents, organise le renseignement pour les Britanniques, monte des filières d’évasion et protège son réseau malgré arrestations et trahisons.

Exfiltrée en Angleterre en 1943, elle continue d’assurer le lien avec la France occupée et participe à la préparation du débarquement en Provence.
À la fin de la guerre, elle fonde l’Association Amicale Alliance, recense les morts et disparus et préserve la mémoire de ses compagnons.
Engagée politiquement après la guerre, elle soutient le général de Gaulle, milite au sein du RPF et de l’UNR, et devient députée européenne (1980‑1982). En 1989, elle devient la première femme honorée aux Invalides, symbole d’un courage et d’une détermination hors du commun.

mardi 14 mars 2017

Lucie Aubrac (1912-2007)

Lucie Aubrac – L’engagement sans concession

Lucie Aubrac, née Lucie Bernard en 1912, appartient à cette génération pour laquelle la défaite de 1940 ne fut pas seulement militaire, mais morale. Agrégée d’histoire, enseignante, elle refuse très tôt l’idée d’une France soumise. À Lyon, avec son mari Raymond Aubrac, elle s’engage dans la Résistance intérieure et participe à la fondation du mouvement Libération-Sud, l’un des plus actifs en zone non occupée.


Dans la clandestinité, Lucie Aubrac ne se contente pas de tâches secondaires. Elle organise des liaisons, transporte des messages, héberge des militants recherchés et participe aux décisions stratégiques du mouvement. Son autorité repose sur une intelligence pratique, un sang-froid constant et une capacité à agir vite dans des situations extrêmes.

L’épisode qui la rend célèbre survient en 1943, lorsque Raymond Aubrac est arrêté par la Gestapo de Klaus Barbie. Refusant l’impuissance, Lucie Aubrac monte une opération d’une audace exceptionnelle. Usant de ruse, de détermination et d’une parfaite connaissance de l’adversaire, elle contribue à l’attaque du convoi allemand et à l’évasion de plusieurs résistants, le 21 octobre 1943. Enceinte au moment des faits, elle démontre que le courage n’est ni une posture ni un symbole, mais une action concrète.

Traquée à son tour, elle parvient à quitter la France et poursuit son engagement à Londres puis à Alger, jusqu’à la Libération. Après la guerre, Lucie Aubrac reprend son métier d’enseignante et consacre une large part de sa vie à transmettre la mémoire de la Résistance, refusant les simplifications et les mythes figés.

Lucie Aubrac meurt en 2007. Elle laisse l’image d’une résistante entière, qui n’a jamais accepté d’être réduite au rôle d’épouse héroïque, mais qui a assumé pleinement celui d’actrice de l’Histoire – convaincue que la liberté se conquiert par des choix, parfois au péril de sa vie.

dimanche 24 avril 2016

Jeannette Guyot (1919-2016)
Jeannette Guyot – Une agente du plan Sussex.

Jeannette Guyot naît le 26 février 1919 à Chalon-sur-Saône, dans une famille modeste. Son père est marchand de bois, sa mère couturière. Toute la famille s’engage dans la Résistance ; ses deux parents seront déportés.

Dès 1941, Jeannette Guyot rejoint la France libre. Elle participe d’abord à des opérations d’exfiltration d’agents et de civils vers la zone libre, avant de devenir agente de liaison chargée de transmettre des informations aux réseaux gaullistes. Arrêtée par la Gestapo en février 1942, elle est relâchée faute de preuves.

Elle intègre ensuite le réseau Confrérie Notre-Dame (CND) dirigé par le colonel Rémy. Après la trahison du réseau en juin 1942, elle parvient à gagner l’Angleterre via Lyon, sous le nom de Jeannette Gauthier. Elle fait partie des 120 volontaires sélectionnés et formés pour le plan Sussex, destiné à préparer le débarquement allié par la collecte de renseignements militaires précis.

Dans ce cadre, elle participe à la mission Pathfinder. Après plusieurs reports dus aux conditions météorologiques, elle est parachutée dans la nuit du 8 février 1944 près de Loches, avec Marcel Saubestre, Georges Lasalle et Pierre Binet. Leur mission consiste à repérer des zones de parachutage, organiser des caches et préparer l’accueil des agents et soldats alliés.

Pour son engagement, Jeannette Guyot reçoit la Distinguished Service Cross, l’une des plus hautes décorations militaires américaines. Elle est l’une des deux seules femmes françaises à en avoir été titulaires pour la Seconde Guerre mondiale.

mardi 27 octobre 2015

Georges Guingouin (1913-2005)
Georges Guingouin – L’instituteur devenu 
« premier maquisard de France »

Il y a dix ans Georges Guingouin, né en 1913 en Haute-Vienne, orphelin de père tombé au front en 1914, quittait ce monde. Élevé par une mère institutrice, il suit le même chemin : École normale de Limoges, premier poste à Saint-Gilles-les-Forêts, militant communiste engagé. Mobilisé en 1939, blessé en juin 1940, il refuse la captivité et regagne Limoges. À peine rétabli, il entre en clandestinité sous le nom de Raoul. Révoqué de l’enseignement à l’automne, il organise des groupes, fabrique de faux papiers, imprime tracts et journaux.
En 1941, traqué, il « prend le maquis » – l’un des tout premiers de France.
De caches en forêts corréziennes, Guingouin construit patiemment une résistance locale soudée : imprimeries clandestines, sabotages, constitution de groupes armés. 
Condamné à perpétuité par contumace en 1942, il reste pourtant sur le terrain. Refusant de concentrer son action en ville comme le lui demande la direction communiste, il s’obstine à défendre « ses hommes » et les campagnes limousines où il a commencé la lutte.
À partir de 1942, il multiplie les actions ciblées : destruction de machines agricoles réquisitionnées par Vichy, enlèvements de dynamite, sabotage du viaduc de Bussy-Varache, neutralisation d’un câble stratégique de la Kriegsmarine. Dans la forêt de Châteauneuf, il forme un maquis structuré, discipliné, qui devient au printemps 1944 l’une des forces les plus solides du Massif Central.
L’été 1944 marque son heure de vérité. Sa 1ère Brigade de marche limousine, environ mille hommes, tient tête le 9 juin à la division SS Das Reich. Puis, au Mont Gargan, elle résiste plus d’une semaine à une offensive allemande acharnée. Les pertes sont lourdes, mais Guingouin devient une figure centrale de la résistance limousine. Le 3 août, il est nommé chef départemental FFI, à la tête de près de 8 000 combattants.
C’est lui qui négocie – fait rare – la reddition d’une partie de la garnison allemande de Limoges, le 21 août 1944. Grâce à une manœuvre audacieuse et à l’appui d’une mission interalliée, la ville est libérée sans les destructions redoutées. Au lendemain de la Libération, Guingouin administre l’ordre public, organise les contingents rejoignant le front et devient brièvement maire de Limoges (1945-1947).
Mais la paix apporte ses propres tempêtes. En désaccord avec sa hiérarchie depuis la guerre, il est exclu du Parti communiste et bientôt victime d’une affaire judiciaire qui le mène en prison avant son acquittement – affaire aujourd’hui reconnue comme une injustice politique. Guingouin reprend finalement sa vie d’instituteur dans l’Aube, loin du tumulte limousin.
Retiré de l’armée avec le grade de lieutenant-colonel honoraire, il publie plusieurs ouvrages, témoignant de son parcours singulier. Mort en 2005, inhumé à Saint-Gilles-les-Forêts, il demeure l’une des grandes figures de la Résistance rurale, parfois oubliée, mais souvent qualifiée – à juste titre – de « premier maquisard de France ».

dimanche 16 novembre 2014

Hélène Nebout (1917-2014)
Hélène Nebout – L’institutrice qui devint cheffe de maquis 

En 1940, Hélène Nebout a 25 ans. Institutrice en Charente, elle n’a rien d’une combattante et ne porte aucun uniforme. Pourtant, l’Occupation va transformer cette jeune femme au destin ordinaire en l’une des figures les plus singulières de la Résistance intérieure. Son engagement naît d’un refus simple et total : elle ne supporte pas l’idée d’une France à genoux. Alors elle entre en clandestinité.

Avec quelques résistants charentais, Nebout participe à la création du maquis Bir Hakeim, ainsi nommé en hommage aux soldats de la France libre qui ont tenu tête à l’Afrika Korps. Sous le pseudonyme « Chef Luc », elle organise, transmet des ordres, structure un groupe fragile qui doit constamment se disperser, se reformer, survivre. Très vite, les hommes qu’elle encadre la considèrent comme une cheffe naturelle. Son autorité ne repose pas sur la force mais sur un sang-froid remarquable et une maîtrise des situations les plus périlleuses.

L’année 1944 fait sortir de l’ombre ceux qui, jusque-là, combattaient invisibles. Alors que les lignes allemandes reculent, le maquis Bir Hakeim participe à la libération d’Angoulême. Nebout y apparaît publiquement sous son grade clandestin, symbole d’une hiérarchie bouleversée où les résistants passent brutalement de la clandestinité à la lumière. Quelques jours plus tard, lors de la visite du général de Gaulle dans la ville libérée, elle figure parmi les combattants choisis pour représenter la Résistance locale. La présence de cette jeune femme, cheffe de maquis, bouscule les représentations habituelles de la lutte armée.
Mais pour elle, la guerre ne s’arrête pas à l’été 1944. Nebout rejoint le front de l’Atlantique, où les dernières garnisons allemandes refusent de se rendre. Elle combat dans la poche de Royan, puis sur l’île d’Oléron. Sans transition, elle passe de la clandestinité à l’affrontement en uniforme, poursuivant la lutte jusqu’aux ultimes combats sans chercher ni carrière politique ni mise en scène médiatique.

Après-guerre, l’histoire nationale retient surtout des figures masculines. Le parcours d’Hélène Nebout, institutrice devenue cheffe de maquis et reconnue par de Gaulle lui-même, ne cadre pas avec les récits traditionnels. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles son nom reste trop discret. Pourtant, elle incarne un visage essentiel de la Résistance : celui des femmes qui n’ont pas seulement ravitaillé, soigné ou renseigné, mais commandé, combattu et risqué la mort.

Son histoire rappelle que les temps de crise révèlent des forces insoupçonnées. Rien, dans sa salle de classe, ne préparait Hélène Nebout à libérer une ville ou à mener des opérations clandestines. Mais lorsque la guerre s’est imposée, elle a refusé de laisser les événements décider pour elle. Elle demeure l’une de ces femmes dont l’engagement a changé le cours de l’histoire — discrète dans la mémoire publique, essentielle dans la réalité du combat.

lundi 7 juillet 2014

Georges Mandel (1885-1944)

Georges Mandel –  La voix de la résistance républicaine.

Le 7 juillet 1944, il y a très exactement 70 ans, Georges Mandel est exécuté en forêt de Fontainebleau par la Milice française, sur ordre des autorités de Vichy. Livré aux nazis, détenu en Allemagne, il avait été renvoyé en France pour y être tué. Il avait 59 ans.

Né en 1885, Mandel commence sa carrière politique comme directeur de cabinet de Clemenceau pendant la Première Guerre mondiale. Élu député en 1919, il devient, dans les années 1930, ministre des Postes, puis des Colonies, et enfin de l’Intérieur. Il est l’un des premiers responsables politiques à alerter sur le danger que représente Hitler. Il plaide pour le réarmement et une politique de fermeté. Il reste isolé.

Mandel incarne une droiture républicaine inflexible, refusant à la fois le pacifisme naïf des années 30 et la capitulation devant l’Allemagne nazie. En juin 1940, alors que la République vacille, il s’oppose à l’armistice. Les Britanniques lui proposent de quitter la France ; il refuse :
« Vous craignez pour moi parce que je suis juif. C’est justement parce que je suis juif que je ne partirai pas. »
Il fait partie des 80 parlementaires qui refusent les pleins pouvoirs à Pétain. Arrêté, emprisonné, livré aux Allemands, il partage sa captivité avec Léon Blum à Buchenwald.

Churchill, qui le considère comme un véritable homme d’État, souhaite lui confier un rôle central dans la France libre. Mais Mandel, conscient que son identité juive serait exploitée par la propagande de Vichy et des nazis, soutient la légitimité de De Gaulle.
En juillet 1944, après l’exécution du propagandiste Philippe Henriot par la Résistance, Vichy orchestre l’assassinat de Mandel, en représailles.
Peu après, sa fille Claude, 14 ans, adresse à Pétain une lettre d’une dignité remarquable dont voici un extrait : « Le nom que j’ai l’immense honneur de porter, vous l’aurez immortalisé… Il servira d’exemple à la France et l’aidera à se retrouver, bientôt, dans le chemin de l’honneur et de la dignité. 
Lire l'intégralité de cette lettre (et celle adressée à Laval) ICI.

Georges Mandel est l’une des figures républicaines majeures de la première moitié du XXe siècle. Républicain intransigeant, fidèle à la démocratie parlementaire, au patriotisme civique, à la laïcité, il s’est opposé dès le départ à l’idéologie nazie et au renoncement.
Avec Léon Blum, il incarne ce que notre époque devrait encore méditer. À l’heure où certains répètent que "l’Ukraine n’est pas notre guerre", son parcours rappelle une vérité simple :
Une agression contre le droit, la liberté et la souveraineté d’un peuple concerne tous ceux qui s’en réclament.
Mandel l’avait compris. L’histoire lui a donné raison.

mardi 1 avril 2014

Robert Lynen (1920-1944)
Robert Lynen – Fusillé à 23 ans

Robert Lynen naît le 24 mai 1920 à Nermier, dans le Jura, dans une famille d’artistes. Installé à Paris dès l’enfance, il est repéré à douze ans par Julien Duvivier et connaît un succès rapide au cinéma. Il devient l’un des jeunes acteurs les plus en vue des années 1930, notamment avec Poil de Carotte (1932), Sans famille (1934) et Le Petit Chose (1938).

En 1940, alors que sa carrière est solidement établie, il cesse progressivement toute activité artistique. Influencé par son entourage familial et hostile à l’Occupation, il s’engage dans la Résistance. Il rejoint le réseau de renseignement Alliance, sous l’autorité de Marie-Madeleine Fourcade, et prend le pseudonyme de « L’Aiglon ». Il assure des missions de liaison et de collecte de renseignements militaires, notamment sur les états-majors allemands jusqu’en Belgique.

Arrêté par la Gestapo à Cassis en février 1943 à la suite d’une dénonciation, Robert Lynen est emprisonné à Marseille, interrogé et torturé, puis transféré en Allemagne. Après plusieurs mois de détention et deux tentatives d’évasion, il est jugé en décembre 1943 par un tribunal militaire du Reich et condamné à mort pour espionnage.
Robert Lynen est fusillé le 1er avril 1944 à Karlsruhe, avec plusieurs membres de son réseau. Il a vingt-trois ans. D’abord enterré dans une fosse commune, son corps est rapatrié en France en 1947. Il est reconnu Mort pour la France et repose au cimetière de Gentilly, dans le carré militaire.

jeudi 2 janvier 2014

Pierre Valcelli (1922-1944)
Pierre Valcelli – Un jeune partisan tombé dans le Var.

Pierre Valcelli naît le 24 janvier 1922 à Salernes, dans le Var, au sein d’une famille ouvrière d’origine italienne. Céramiste de métier, il s’engage très jeune dans les Jeunesses communistes. Lorsque la répression s’intensifie, il rejoint les Francs-tireurs et partisans sous le pseudonyme de « René », convaincu que la lutte armée est devenue inévitable.
Au printemps 1943, il fait partie des premiers résistants à rejoindre le maquis Faïta, dans le massif des Maures. Rapidement repéré par les forces de l’ordre après une attaque du camp et la découverte d’effets personnels lui appartenant, il entre dans une clandestinité totale. De déplacements en replis, Valcelli suit le maquis à travers le Var et s’impose comme l’un de ses éléments les plus actifs.
Il participe à de nombreuses opérations – sabotages, actions de récupération, et surtout coups de main audacieux. À l’automne 1943, il prend part à la libération de camarades FTP arrêtés au Luc après une affaire de tickets de rationnement. Quelques semaines plus tard, le 13 décembre 1943, il est l’un des résistants engagés dans l’évasion spectaculaire de la prison de Draguignan, qui permet de soustraire plusieurs détenus aux mains de la Gestapo.
Reconnu pour son engagement, il est nommé commissaire aux effectifs du détachement FTP « Guy Môquet ». À la fin de l’année 1943, son groupe stationne à la ferme des Limattes, sur la commune de Signes, non loin de Toulon. Le 2 janvier 1944, le camp est attaqué par la Wehrmacht et des auxiliaires de la compagnie Brandebourg. Pierre Valcelli est abattu avec huit de ses camarades et le berger qui les aidait – son corps porte les traces de balles et de coups de baïonnette.
Ses obsèques, célébrées à Salernes le 7 janvier 1944, prennent l’allure d’une manifestation patriotique massive, malgré l’Occupation. Les autorités allemandes elles-mêmes notent l’ampleur de l’hommage rendu par la population. Après la guerre, son nom est donné au maquis FTP de Claviers-Brovès, créé au printemps 1944. Il est cité à l’ordre de la Nation et décoré de la Croix de guerre à titre posthume.
Pierre Valcelli incarne cette génération de très jeunes résistants pour qui l’engagement ne fut ni théorique ni lointain. Ouvrier, militant, combattant, il choisit l’action directe et y laissa la vie – à 21 ans – mais aussi derrière lui une mémoire inscrite dans le paysage et dans l’histoire du Var.


mardi 2 juillet 2013

Henri Fertet (1926-1943)
Henri Fertet – Un lycéen dans la Résistance.

Henri Fertet naît le 27 octobre 1926 à Seloncourt (Doubs) dans une famille d’instituteurs. Élève au lycée Victor-Hugo de Besançon, passionné d’histoire, il s’engage dans la Résistance à l’été 1942, à seize ans, au sein d’un groupe actif près de Larnod.

En février 1943, ce groupe rejoint les Francs-Tireurs et Partisans sous le nom de groupe Guy Môquet, appellation proposée par Fertet lui‑même. Il participe comme chef d’équipe à plusieurs actions armées, notamment des sabotages d’infrastructures et des attaques contre des représentants de l’occupant allemand dans la région de Besançon.

Arrêté le 2 juillet 1943 au domicile familial, il est détenu pendant près de trois mois à la prison de la Butte. Condamné à mort par un tribunal militaire allemand, Henri Fertet est fusillé le 26 septembre 1943 à la citadelle de Besançon, à l’âge de seize ans, avec quinze de ses camarades. Voici la lettre qu'il adresse à ses parents.
Il est nommé Compagnon de la Libération à titre posthume en 1945. Son nom est resté associé à l’engagement précoce de très jeunes résistants dans la lutte intérieure.

vendredi 31 mai 2013

Berty Albrecht (1893-1943)
Berty Albrecht – Une fondatrice du mouvement Combat

Berty Albrecht, née Berthe Wild le 15 février 1893 à Marseille, est issue d’une famille protestante de la bourgeoisie marseillaise. Infirmière diplômée avant la Première Guerre mondiale, elle travaille pour la Croix-Rouge, puis séjourne à Londres, où elle se familiarise avec les milieux féministes britanniques. Mariée en 1918 au banquier Frédéric Albrecht, elle a deux enfants. Séparée de son époux, elle s’installe à Paris au début des années 1930.

Avant-guerre, Berty Albrecht s’engage fortement dans les combats féministes et antifascistes. Proche de la Ligue des droits de l’homme, elle milite pour le droit à la contraception et à l’avortement et participe à plusieurs initiatives internationales contre la guerre et le fascisme. Elle organise également l’accueil de réfugiés allemands fuyant le nazisme. C’est dans ce contexte qu’elle rencontre Henri Frenay.

Dès 1940, elle s’engage avec lui dans la Résistance. À Vichy puis à Lyon, elle participe à la création du Mouvement de libération nationale, devenu Mouvement de libération française, puis Combat, dont elle intègre la direction. Elle joue un rôle central dans l’organisation du mouvement : structuration des réseaux, presse clandestine, liaisons, aide sociale aux militants emprisonnés et à leurs familles. Elle est également l’une des principales organisatrices des groupes féminins de Combat et agit comme un relais stratégique auprès de Frenay.

Surveillée par la police française en raison de son passé militant, elle est arrêtée une première fois en janvier 1942, puis de nouveau en mai et internée à Vals-les-Bains. Elle obtient d’être jugée après une grève de la faim, est condamnée à une peine de prison, puis transférée à Lyon. En novembre 1942, elle simule la folie pour être internée à l’hôpital du Vinatier, d’où elle s’évade avec l’aide d’un commando de Combat.

Refusant de quitter la France, elle reprend la clandestinité sous le pseudonyme de Victoria. Le 28 mai 1943, à la suite d’une trahison, elle est arrêtée à Mâcon par la Gestapo, en présence de Klaus Barbie. Après interrogatoires et tortures, elle est transférée à la prison de Fresnes, où elle meurt le 31 mai 1943. Les autorités allemandes concluent à un suicide.

Berty Albrecht est faite Compagnon de la Libération à titre posthume. Elle est l’une des six femmes à recevoir cette distinction et l’une des deux inhumées dans la crypte du mémorial de la France combattante au Mont-Valérien.

dimanche 31 mars 2013

Denise Jacob (1924-2013)
Denise Vernay-Jacob – Agente de liaison dans la Résistance intérieure

Denise Jacob naît en 1924 à Paris, dans une famille juive originaire de Lorraine. Elle est la sœur cadette de Simone Jacob, future Simone Veil. Après l’armistice de 1940 et la mise en place des lois antisémites, la famille se réfugie à Nice, alors située en zone non occupée.

En 1942, à dix-huit ans, Denise Jacob commence à agir clandestinement. À Nice, elle participe à la dissimulation d’enfants et d’adultes juifs afin de les soustraire aux rafles. L’année suivante, elle s’engage formellement dans la Résistance et rejoint le mouvement Franc-Tireur, pour lequel elle assure des missions de liaison sous les pseudonymes de Miarka et Annie. Elle transporte messages, courriers clandestins et matériel entre Nice, Lyon et d’autres villes de la zone sud.

En février 1944, alors qu’elle se trouve en Isère, ses parents, son petit frère et ses sœurs sont arrêtés en tant que juifs, internés à Drancy puis déportés à Auschwitz-Birkenau. Malgré ces arrestations, Denise Jacob poursuit son activité résistante. Elle opère désormais pour les Mouvements unis de la Résistance (MUR), notamment en Haute-Savoie, et effectue de nombreux déplacements clandestins à travers la France pour assurer la transmission de renseignements et de matériel.

Le 18 juin 1944, alors qu’elle transporte des postes émetteurs, elle est arrêtée à Lyon. Conduite au siège de la Gestapo, elle est interrogée et torturée durant plusieurs jours sans livrer d’informations. En juillet 1944, elle est déportée au camp de Neue Bremm, puis transférée à Ravensbrück, avant d’être envoyée au camp de Mauthausen en Autriche. Le 21 avril 1945, l’intervention de la Croix-Rouge internationale permet la libération de détenues de Mauthausen. Denise Jacob est libérée à cette date. Elle apprend alors que deux de ses sœurs ont survécu, mais que ses parents et son jeune frère ont péri en déportation.

Elle est décorée de la Médaille de la Résistance avec rosette, de la Croix de guerre 1939-1945 avec palmes, commandeur de la Légion d’honneur et élevée à la grand-croix de l’ordre national du Mérite.

mardi 10 avril 2012

Raymond Aubrac (1914-2012)

Raymond Aubrac – Résister sans céder

Raymond Aubrac, né en 1914, appartient à cette génération d’ingénieurs et d’intellectuels que la défaite de 1940 fait basculer dans l’action clandestine. Polytechnicien, formé aux grands projets techniques, il choisit très tôt de mettre ses compétences au service de la lutte contre l’Occupation allemande et le régime de Vichy.


Installé à Lyon, il participe avec Lucie Aubrac à la création du mouvement Libération-Sud. Dans la Résistance intérieure, Raymond Aubrac s’impose comme un organisateur rigoureux, chargé de structurer les réseaux, de coordonner la presse clandestine et de participer à la transmission d’informations vers Londres. Son engagement n’est ni spectaculaire ni improvisé : il repose sur la durée, la méthode et la discipline.


Arrêté une première fois, il parvient à s’évader et reprend aussitôt ses activités. En 1943, son arrestation et son internement à la prison de Montluc semblent devoir mettre fin à son combat. Mais, une fois encore, la clandestinité déjoue la répression : il est libéré lors d’une opération montée par Lucie Aubrac et des résistants lyonnais. 


Quelques semaines plus tard, il est de nouveau arrêté lors de la réunion de Caluire, aux côtés de Jean Moulin et de plusieurs responsables de la Résistance. Détenu par la Gestapo, il résiste aux interrogatoires et, une nouvelle fois, parvient à échapper à ses geôliers.

Contraint de quitter la France, Raymond Aubrac rejoint Londres puis Alger, où il poursuit son engagement jusqu’à la Libération. Après-guerre, il reprend une carrière d’ingénieur et assume des responsabilités au service de l’État et dans des missions internationales, sans jamais dissocier action publique et mémoire du combat clandestin.

Raymond Aubrac meurt en 2012. Son parcours incarne une forme de Résistance fondée sur la constance, la loyauté et le refus obstiné de céder, même lorsque l’issue paraît compromise.

 

dimanche 12 septembre 2010

À la mi-décembre 1943, l'arrestation de Paul Charles

À la veille de la foire de décembre, Paul Charles, instaurateur de la Résistance à Nérac, était arrêté. Aujourd'hui, une salle de la mairie annexe porte son nom. André Pradeu, des mouvements de Libération, nous rapporte la relation de ces faits très importants dans l'histoire de la Résistance néracaise: Un attentat début décembre 1943 à Toulouse, contre une personnalité politique importante, marquait le paroxysme d'une vague d'exécutions en représailles des arrestations de grandes figures de la Résistance; il donna prétexte à la police allemande d'une rafle parmi les responsables régionaux de la Résistance. C'est ainsi que le 14 décembre 1943, vers les 10h30, une Citroën noire s'arrête brusquement devant la boutique de chaussures au 18 cours Romas à Nérac. 
Ce magasin, situé entre l'immeuble Lafitte et la maison de vêtements "au Phénix" de M.Puigbo est exploité par Mme Charles aidée de sa belle-fille. Son fils, Paul Charles,représentant de commerce est alors responsable dans un établissement de chaussures-mercerie situé à une centaine de mètres de la maison familiale. Le couple a deux enfants adolescents, Paulette et Guy. Deux civils sortent précipitamment du véhicule et s'engouffrent dans le magasin. Un militaire en uniforme allemand, mitraillette en main,se place devant la porte d'entrée de la boutique. Un autre range la traction à l'entrée de la rue Armand Fallières, le long de la deuxième vitrine "Phénix", puis, mitraillette en avant, prend position à l'entrée de l'arrière-boutique rue Brostaret. La manoeuvre est précise, calme, bien ordonnée avec une parfaite connaissance des lieux, et pourtant ce sont bien des allemands de la Gestapo d'Agen. Sans hésiter, ils arrêtent Paul Charles sur son lieu de travail. Le colt que ce dernier porte toujours sur lui reste inaccessible. Les deux civils lui passent les menottes et le poussent à l'intérieur de la traction. Le militaire en faction dans la rue Brostaret reçoit l'ordre de surveiller le véhicule et l'accès à l'arrière-boutique. Pendant que la Gestapo procède à l'arrestation puis à la fouille systématique de la maison, Guy Charles, maquisard et déserteur des chantiers de jeunesse, venu passer ce midi en famille, voit le danger et s'échappe par les toits. Il fait brusquement irruption dans la pièce servant d'atelier à M. Puigbo qui comprend immédiatement la situation, habille Guy Charles et lui donne son vélo pour qu'il puisse s'enfuir, sous l'oeil désintéressé de la sentinelle du Cours Romas. Malgré une perquisition infructueuse, Paul Charles est arrêté et amené à Agen; il ne reviendra jamais des camps de la mort. Cependant, avant qu’il ne soit amené, son ami André Caumont passant par là et le voyant installé dans la voiture a juste le temps de s’approcher avant qu’un fonctionnaire ne l’écarte brutalement pour entendre son ami lui souffler « T’en iras beze aou cazaou » (tu iras voir au jardin). Mais qui était Paul Charles ? Un républicain convaincu qui depuis son adhésion sans réserve en 1940 à la Résistance puis au mouvement « Combat » personnifie cet instinct diffus puis par la suite ce sentiment très net que la Résistance vaincra et assumera le pouvoir de demain. « T’en iras beze aou cazaou ». C’est le message dans la langue maternelle de la continuité dans la résistance. Le jardin, source de subsistance en ces temps de famine, est la cache sûre où sont planqués papiers, documents, armes…. Tellement sûre que les enquêtes, la délation, les témoignages recueillis, tous les moyens dont disposent les collaborateurs pour informer leurs patrons policiers n’en révèleront jamais l’existence. Et peut-être Léo Sarda, Gabriel Lapeyrusse, André Garbay, Alix Olivié et tant d’autres doivent-ils leur liberté au silence de Paul Charles et de Jean Barenne. Car il serait injuste d’évoquer l’arrestation de Paul Charles, qui demeure le créateur de cette unité FFI appelée « Bataillon de marche néracais », sans rappeler celle de Jean Barenne, responsable à Port-Sainte-Marie du même mouvement de résistance, arrestation tout aussi tragique et survenue à trois heures d’intervalle. Alertés par André Caumont, Gabriel Lapeyrusse et Guy Gaure partent pour Port-Sainte-Marie avertir Jean Barenne des évènements de la matinée et des mesures d’urgence à prendre. Déjà Jean Barenne a reçu Guy Charles et conseille à ses amis de rejoindre d’urgence le maquis de Clairac alors qu’il ne lui reste que quelques minutes pour prévenir ceux qu’il pense les plus exposés. Gabriel Lapeyrusse et Guy Gaure rejoignent Clairac, et à peine ont-ils dépassé les dernières maisons de Port-Sainte-Marie que la Gestapo s’empare de Jean Barenne. Il rejoindra Paul Charles pour l’éternité. Le lendemain Gabriel Lapeyrusse vendra ses légumes ; c’est la foire du 15 décembre 1943, il y a de cela très exactement 70 ans.

dimanche 22 août 2010

René Pagès (1926-1990)
Médaille militaire
René Pagès.

Notre père. Entré dans la Résistance - FTP - à l'âge de 17 ans en 1943, il y est resté jusqu'à la Libération à laquelle il a participé.
Ne voulant pas se prévaloir du certificat établi par Gabriel Lapeyrusse, chef du bataillon Néracais, il n'a jamais demandé la Médaille de la Résistance à laquelle il pouvait prétendre.