mardi 2 juillet 2013

Henri Fertet (1926-1943)
Henri Fertet – Un lycéen dans la Résistance.

Henri Fertet naît le 27 octobre 1926 à Seloncourt (Doubs) dans une famille d’instituteurs. Élève au lycée Victor-Hugo de Besançon, passionné d’histoire, il s’engage dans la Résistance à l’été 1942, à seize ans, au sein d’un groupe actif près de Larnod.

En février 1943, ce groupe rejoint les Francs-Tireurs et Partisans sous le nom de groupe Guy Môquet, appellation proposée par Fertet lui‑même. Il participe comme chef d’équipe à plusieurs actions armées, notamment des sabotages d’infrastructures et des attaques contre des représentants de l’occupant allemand dans la région de Besançon.

Arrêté le 2 juillet 1943 au domicile familial, il est détenu pendant près de trois mois à la prison de la Butte. Condamné à mort par un tribunal militaire allemand, Henri Fertet est fusillé le 26 septembre 1943 à la citadelle de Besançon, à l’âge de seize ans, avec quinze de ses camarades. Voici la lettre qu'il adresse à ses parents.
Il est nommé Compagnon de la Libération à titre posthume en 1945. Son nom est resté associé à l’engagement précoce de très jeunes résistants dans la lutte intérieure.

vendredi 31 mai 2013

Berty Albrecht (1893-1943)
Berty Albrecht – Une fondatrice du mouvement Combat

Berty Albrecht, née Berthe Wild le 15 février 1893 à Marseille, est issue d’une famille protestante de la bourgeoisie marseillaise. Infirmière diplômée avant la Première Guerre mondiale, elle travaille pour la Croix-Rouge, puis séjourne à Londres, où elle se familiarise avec les milieux féministes britanniques. Mariée en 1918 au banquier Frédéric Albrecht, elle a deux enfants. Séparée de son époux, elle s’installe à Paris au début des années 1930.

Avant-guerre, Berty Albrecht s’engage fortement dans les combats féministes et antifascistes. Proche de la Ligue des droits de l’homme, elle milite pour le droit à la contraception et à l’avortement et participe à plusieurs initiatives internationales contre la guerre et le fascisme. Elle organise également l’accueil de réfugiés allemands fuyant le nazisme. C’est dans ce contexte qu’elle rencontre Henri Frenay.

Dès 1940, elle s’engage avec lui dans la Résistance. À Vichy puis à Lyon, elle participe à la création du Mouvement de libération nationale, devenu Mouvement de libération française, puis Combat, dont elle intègre la direction. Elle joue un rôle central dans l’organisation du mouvement : structuration des réseaux, presse clandestine, liaisons, aide sociale aux militants emprisonnés et à leurs familles. Elle est également l’une des principales organisatrices des groupes féminins de Combat et agit comme un relais stratégique auprès de Frenay.

Surveillée par la police française en raison de son passé militant, elle est arrêtée une première fois en janvier 1942, puis de nouveau en mai et internée à Vals-les-Bains. Elle obtient d’être jugée après une grève de la faim, est condamnée à une peine de prison, puis transférée à Lyon. En novembre 1942, elle simule la folie pour être internée à l’hôpital du Vinatier, d’où elle s’évade avec l’aide d’un commando de Combat.

Refusant de quitter la France, elle reprend la clandestinité sous le pseudonyme de Victoria. Le 28 mai 1943, à la suite d’une trahison, elle est arrêtée à Mâcon par la Gestapo, en présence de Klaus Barbie. Après interrogatoires et tortures, elle est transférée à la prison de Fresnes, où elle meurt le 31 mai 1943. Les autorités allemandes concluent à un suicide.

Berty Albrecht est faite Compagnon de la Libération à titre posthume. Elle est l’une des six femmes à recevoir cette distinction et l’une des deux inhumées dans la crypte du mémorial de la France combattante au Mont-Valérien.

dimanche 31 mars 2013

Denise Jacob (1924-2013)
Denise Vernay-Jacob – Agente de liaison dans la Résistance intérieure

Denise Jacob naît en 1924 à Paris, dans une famille juive originaire de Lorraine. Elle est la sœur cadette de Simone Jacob, future Simone Veil. Après l’armistice de 1940 et la mise en place des lois antisémites, la famille se réfugie à Nice, alors située en zone non occupée.

En 1942, à dix-huit ans, Denise Jacob commence à agir clandestinement. À Nice, elle participe à la dissimulation d’enfants et d’adultes juifs afin de les soustraire aux rafles. L’année suivante, elle s’engage formellement dans la Résistance et rejoint le mouvement Franc-Tireur, pour lequel elle assure des missions de liaison sous les pseudonymes de Miarka et Annie. Elle transporte messages, courriers clandestins et matériel entre Nice, Lyon et d’autres villes de la zone sud.

En février 1944, alors qu’elle se trouve en Isère, ses parents, son petit frère et ses sœurs sont arrêtés en tant que juifs, internés à Drancy puis déportés à Auschwitz-Birkenau. Malgré ces arrestations, Denise Jacob poursuit son activité résistante. Elle opère désormais pour les Mouvements unis de la Résistance (MUR), notamment en Haute-Savoie, et effectue de nombreux déplacements clandestins à travers la France pour assurer la transmission de renseignements et de matériel.

Le 18 juin 1944, alors qu’elle transporte des postes émetteurs, elle est arrêtée à Lyon. Conduite au siège de la Gestapo, elle est interrogée et torturée durant plusieurs jours sans livrer d’informations. En juillet 1944, elle est déportée au camp de Neue Bremm, puis transférée à Ravensbrück, avant d’être envoyée au camp de Mauthausen en Autriche. Le 21 avril 1945, l’intervention de la Croix-Rouge internationale permet la libération de détenues de Mauthausen. Denise Jacob est libérée à cette date. Elle apprend alors que deux de ses sœurs ont survécu, mais que ses parents et son jeune frère ont péri en déportation.

Elle est décorée de la Médaille de la Résistance avec rosette, de la Croix de guerre 1939-1945 avec palmes, commandeur de la Légion d’honneur et élevée à la grand-croix de l’ordre national du Mérite.

mardi 10 avril 2012

Raymond Aubrac (1914-2012)

Raymond Aubrac – Résister sans céder

Raymond Aubrac, né en 1914, appartient à cette génération d’ingénieurs et d’intellectuels que la défaite de 1940 fait basculer dans l’action clandestine. Polytechnicien, formé aux grands projets techniques, il choisit très tôt de mettre ses compétences au service de la lutte contre l’Occupation allemande et le régime de Vichy.


Installé à Lyon, il participe avec Lucie Aubrac à la création du mouvement Libération-Sud. Dans la Résistance intérieure, Raymond Aubrac s’impose comme un organisateur rigoureux, chargé de structurer les réseaux, de coordonner la presse clandestine et de participer à la transmission d’informations vers Londres. Son engagement n’est ni spectaculaire ni improvisé : il repose sur la durée, la méthode et la discipline.


Arrêté une première fois, il parvient à s’évader et reprend aussitôt ses activités. En 1943, son arrestation et son internement à la prison de Montluc semblent devoir mettre fin à son combat. Mais, une fois encore, la clandestinité déjoue la répression : il est libéré lors d’une opération montée par Lucie Aubrac et des résistants lyonnais. 


Quelques semaines plus tard, il est de nouveau arrêté lors de la réunion de Caluire, aux côtés de Jean Moulin et de plusieurs responsables de la Résistance. Détenu par la Gestapo, il résiste aux interrogatoires et, une nouvelle fois, parvient à échapper à ses geôliers.

Contraint de quitter la France, Raymond Aubrac rejoint Londres puis Alger, où il poursuit son engagement jusqu’à la Libération. Après-guerre, il reprend une carrière d’ingénieur et assume des responsabilités au service de l’État et dans des missions internationales, sans jamais dissocier action publique et mémoire du combat clandestin.

Raymond Aubrac meurt en 2012. Son parcours incarne une forme de Résistance fondée sur la constance, la loyauté et le refus obstiné de céder, même lorsque l’issue paraît compromise.

 

dimanche 12 septembre 2010

À la mi-décembre 1943, l'arrestation de Paul Charles

À la veille de la foire de décembre, Paul Charles, instaurateur de la Résistance à Nérac, était arrêté. Aujourd'hui, une salle de la mairie annexe porte son nom. André Pradeu, des mouvements de Libération, nous rapporte la relation de ces faits très importants dans l'histoire de la Résistance néracaise: Un attentat début décembre 1943 à Toulouse, contre une personnalité politique importante, marquait le paroxysme d'une vague d'exécutions en représailles des arrestations de grandes figures de la Résistance; il donna prétexte à la police allemande d'une rafle parmi les responsables régionaux de la Résistance. C'est ainsi que le 14 décembre 1943, vers les 10h30, une Citroën noire s'arrête brusquement devant la boutique de chaussures au 18 cours Romas à Nérac. 
Ce magasin, situé entre l'immeuble Lafitte et la maison de vêtements "au Phénix" de M.Puigbo est exploité par Mme Charles aidée de sa belle-fille. Son fils, Paul Charles,représentant de commerce est alors responsable dans un établissement de chaussures-mercerie situé à une centaine de mètres de la maison familiale. Le couple a deux enfants adolescents, Paulette et Guy. Deux civils sortent précipitamment du véhicule et s'engouffrent dans le magasin. Un militaire en uniforme allemand, mitraillette en main,se place devant la porte d'entrée de la boutique. Un autre range la traction à l'entrée de la rue Armand Fallières, le long de la deuxième vitrine "Phénix", puis, mitraillette en avant, prend position à l'entrée de l'arrière-boutique rue Brostaret. La manoeuvre est précise, calme, bien ordonnée avec une parfaite connaissance des lieux, et pourtant ce sont bien des allemands de la Gestapo d'Agen. Sans hésiter, ils arrêtent Paul Charles sur son lieu de travail. Le colt que ce dernier porte toujours sur lui reste inaccessible. Les deux civils lui passent les menottes et le poussent à l'intérieur de la traction. Le militaire en faction dans la rue Brostaret reçoit l'ordre de surveiller le véhicule et l'accès à l'arrière-boutique. Pendant que la Gestapo procède à l'arrestation puis à la fouille systématique de la maison, Guy Charles, maquisard et déserteur des chantiers de jeunesse, venu passer ce midi en famille, voit le danger et s'échappe par les toits. Il fait brusquement irruption dans la pièce servant d'atelier à M. Puigbo qui comprend immédiatement la situation, habille Guy Charles et lui donne son vélo pour qu'il puisse s'enfuir, sous l'oeil désintéressé de la sentinelle du Cours Romas. Malgré une perquisition infructueuse, Paul Charles est arrêté et amené à Agen; il ne reviendra jamais des camps de la mort. Cependant, avant qu’il ne soit amené, son ami André Caumont passant par là et le voyant installé dans la voiture a juste le temps de s’approcher avant qu’un fonctionnaire ne l’écarte brutalement pour entendre son ami lui souffler « T’en iras beze aou cazaou » (tu iras voir au jardin). Mais qui était Paul Charles ? Un républicain convaincu qui depuis son adhésion sans réserve en 1940 à la Résistance puis au mouvement « Combat » personnifie cet instinct diffus puis par la suite ce sentiment très net que la Résistance vaincra et assumera le pouvoir de demain. « T’en iras beze aou cazaou ». C’est le message dans la langue maternelle de la continuité dans la résistance. Le jardin, source de subsistance en ces temps de famine, est la cache sûre où sont planqués papiers, documents, armes…. Tellement sûre que les enquêtes, la délation, les témoignages recueillis, tous les moyens dont disposent les collaborateurs pour informer leurs patrons policiers n’en révèleront jamais l’existence. Et peut-être Léo Sarda, Gabriel Lapeyrusse, André Garbay, Alix Olivié et tant d’autres doivent-ils leur liberté au silence de Paul Charles et de Jean Barenne. Car il serait injuste d’évoquer l’arrestation de Paul Charles, qui demeure le créateur de cette unité FFI appelée « Bataillon de marche néracais », sans rappeler celle de Jean Barenne, responsable à Port-Sainte-Marie du même mouvement de résistance, arrestation tout aussi tragique et survenue à trois heures d’intervalle. Alertés par André Caumont, Gabriel Lapeyrusse et Guy Gaure partent pour Port-Sainte-Marie avertir Jean Barenne des évènements de la matinée et des mesures d’urgence à prendre. Déjà Jean Barenne a reçu Guy Charles et conseille à ses amis de rejoindre d’urgence le maquis de Clairac alors qu’il ne lui reste que quelques minutes pour prévenir ceux qu’il pense les plus exposés. Gabriel Lapeyrusse et Guy Gaure rejoignent Clairac, et à peine ont-ils dépassé les dernières maisons de Port-Sainte-Marie que la Gestapo s’empare de Jean Barenne. Il rejoindra Paul Charles pour l’éternité. Le lendemain Gabriel Lapeyrusse vendra ses légumes ; c’est la foire du 15 décembre 1943, il y a de cela très exactement 70 ans.

dimanche 22 août 2010

René Pagès (1926-1990)
Médaille militaire
René Pagès.

Notre père. Entré dans la Résistance - FTP - à l'âge de 17 ans en 1943, il y est resté jusqu'à la Libération à laquelle il a participé.
Ne voulant pas se prévaloir du certificat établi par Gabriel Lapeyrusse, chef du bataillon Néracais, il n'a jamais demandé la Médaille de la Résistance à laquelle il pouvait prétendre.
Notre grand-père Alix Olivié (1907-2005)
Chevalier de l'ordre de la Légion d'honneur
Médaille militaire
Médaille de la Résistance
Alix Olivié.

C'est donc pour lui et sa famille, ce blog.
Je précisais dans sa présentation que l'idée m'en était venu au soir de ses obsèques, auxquelles aucun élu de la petite ville où est né le Bataillon Néracais n'a cru bon d'assister. Plus tard, notre mère et notre tante – ses filles – nous ont donné leurs raisons de cette absence : aux débuts de la Résistance néracaise, ils n'étaient que quatre – Paul Charles, André Caumont X. Martinez, et notre grand-père Alix Olivié –, mais à la Libération les "résistants" étaient infiniment plus nombreux. Écœuré par le défilé de ceux qui venaient à son domicile lui demander des attestations de complaisance, notre grand-père s’était rapidement détourné des honneurs.
Il avait cessé de cotiser pour ses décorations, y compris pour la Légion d’honneur, et avait délibérément choisi de se tenir à l’écart des reconnaissances officielles. Beaucoup de résistants authentiques ont comme lui volontairement refusé décorations et cérémonies après-guerre, estimant que l’action clandestine ne devait pas devenir un capital symbolique – un silence qui a souvent pesé sur la mémoire officielle.
Pendant longtemps, les enseignants de Nérac lui ont adressé leurs élèves pour qu’il leur parle de cette époque – un exercice qui devait lui être difficile, car à nous, il n’en parlait presque jamais.
Sur cette photo c’est lui, face au général de Gaulle.