mardi 27 octobre 2015

Georges Guingouin (1913-2005)
Georges Guingouin – L’instituteur devenu 
« premier maquisard de France »

Il y a dix ans Georges Guingouin, né en 1913 en Haute-Vienne, orphelin de père tombé au front en 1914, quittait ce monde. Élevé par une mère institutrice, il suit le même chemin : École normale de Limoges, premier poste à Saint-Gilles-les-Forêts, militant communiste engagé. Mobilisé en 1939, blessé en juin 1940, il refuse la captivité et regagne Limoges. À peine rétabli, il entre en clandestinité sous le nom de Raoul. Révoqué de l’enseignement à l’automne, il organise des groupes, fabrique de faux papiers, imprime tracts et journaux.
En 1941, traqué, il « prend le maquis » – l’un des tout premiers de France.
De caches en forêts corréziennes, Guingouin construit patiemment une résistance locale soudée : imprimeries clandestines, sabotages, constitution de groupes armés. 
Condamné à perpétuité par contumace en 1942, il reste pourtant sur le terrain. Refusant de concentrer son action en ville comme le lui demande la direction communiste, il s’obstine à défendre « ses hommes » et les campagnes limousines où il a commencé la lutte.
À partir de 1942, il multiplie les actions ciblées : destruction de machines agricoles réquisitionnées par Vichy, enlèvements de dynamite, sabotage du viaduc de Bussy-Varache, neutralisation d’un câble stratégique de la Kriegsmarine. Dans la forêt de Châteauneuf, il forme un maquis structuré, discipliné, qui devient au printemps 1944 l’une des forces les plus solides du Massif Central.
L’été 1944 marque son heure de vérité. Sa 1ère Brigade de marche limousine, environ mille hommes, tient tête le 9 juin à la division SS Das Reich. Puis, au Mont Gargan, elle résiste plus d’une semaine à une offensive allemande acharnée. Les pertes sont lourdes, mais Guingouin devient une figure centrale de la résistance limousine. Le 3 août, il est nommé chef départemental FFI, à la tête de près de 8 000 combattants.
C’est lui qui négocie – fait rare – la reddition d’une partie de la garnison allemande de Limoges, le 21 août 1944. Grâce à une manœuvre audacieuse et à l’appui d’une mission interalliée, la ville est libérée sans les destructions redoutées. Au lendemain de la Libération, Guingouin administre l’ordre public, organise les contingents rejoignant le front et devient brièvement maire de Limoges (1945-1947).
Mais la paix apporte ses propres tempêtes. En désaccord avec sa hiérarchie depuis la guerre, il est exclu du Parti communiste et bientôt victime d’une affaire judiciaire qui le mène en prison avant son acquittement – affaire aujourd’hui reconnue comme une injustice politique. Guingouin reprend finalement sa vie d’instituteur dans l’Aube, loin du tumulte limousin.
Retiré de l’armée avec le grade de lieutenant-colonel honoraire, il publie plusieurs ouvrages, témoignant de son parcours singulier. Mort en 2005, inhumé à Saint-Gilles-les-Forêts, il demeure l’une des grandes figures de la Résistance rurale, parfois oubliée, mais souvent qualifiée – à juste titre – de « premier maquisard de France ».

dimanche 16 novembre 2014

Hélène Nebout (1917-2014)
Hélène Nebout – L’institutrice qui devint cheffe de maquis 

En 1940, Hélène Nebout a 25 ans. Institutrice en Charente, elle n’a rien d’une combattante et ne porte aucun uniforme. Pourtant, l’Occupation va transformer cette jeune femme au destin ordinaire en l’une des figures les plus singulières de la Résistance intérieure. Son engagement naît d’un refus simple et total : elle ne supporte pas l’idée d’une France à genoux. Alors elle entre en clandestinité.

Avec quelques résistants charentais, Nebout participe à la création du maquis Bir Hakeim, ainsi nommé en hommage aux soldats de la France libre qui ont tenu tête à l’Afrika Korps. Sous le pseudonyme « Chef Luc », elle organise, transmet des ordres, structure un groupe fragile qui doit constamment se disperser, se reformer, survivre. Très vite, les hommes qu’elle encadre la considèrent comme une cheffe naturelle. Son autorité ne repose pas sur la force mais sur un sang-froid remarquable et une maîtrise des situations les plus périlleuses.

L’année 1944 fait sortir de l’ombre ceux qui, jusque-là, combattaient invisibles. Alors que les lignes allemandes reculent, le maquis Bir Hakeim participe à la libération d’Angoulême. Nebout y apparaît publiquement sous son grade clandestin, symbole d’une hiérarchie bouleversée où les résistants passent brutalement de la clandestinité à la lumière. Quelques jours plus tard, lors de la visite du général de Gaulle dans la ville libérée, elle figure parmi les combattants choisis pour représenter la Résistance locale. La présence de cette jeune femme, cheffe de maquis, bouscule les représentations habituelles de la lutte armée.
Mais pour elle, la guerre ne s’arrête pas à l’été 1944. Nebout rejoint le front de l’Atlantique, où les dernières garnisons allemandes refusent de se rendre. Elle combat dans la poche de Royan, puis sur l’île d’Oléron. Sans transition, elle passe de la clandestinité à l’affrontement en uniforme, poursuivant la lutte jusqu’aux ultimes combats sans chercher ni carrière politique ni mise en scène médiatique.

Après-guerre, l’histoire nationale retient surtout des figures masculines. Le parcours d’Hélène Nebout, institutrice devenue cheffe de maquis et reconnue par de Gaulle lui-même, ne cadre pas avec les récits traditionnels. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles son nom reste trop discret. Pourtant, elle incarne un visage essentiel de la Résistance : celui des femmes qui n’ont pas seulement ravitaillé, soigné ou renseigné, mais commandé, combattu et risqué la mort.

Son histoire rappelle que les temps de crise révèlent des forces insoupçonnées. Rien, dans sa salle de classe, ne préparait Hélène Nebout à libérer une ville ou à mener des opérations clandestines. Mais lorsque la guerre s’est imposée, elle a refusé de laisser les événements décider pour elle. Elle demeure l’une de ces femmes dont l’engagement a changé le cours de l’histoire — discrète dans la mémoire publique, essentielle dans la réalité du combat.

lundi 7 juillet 2014

Georges Mandel (1885-1944)

Georges Mandel –  La voix de la résistance républicaine.

Le 7 juillet 1944, il y a très exactement 70 ans, Georges Mandel est exécuté en forêt de Fontainebleau par la Milice française, sur ordre des autorités de Vichy. Livré aux nazis, détenu en Allemagne, il avait été renvoyé en France pour y être tué. Il avait 59 ans.

Né en 1885, Mandel commence sa carrière politique comme directeur de cabinet de Clemenceau pendant la Première Guerre mondiale. Élu député en 1919, il devient, dans les années 1930, ministre des Postes, puis des Colonies, et enfin de l’Intérieur. Il est l’un des premiers responsables politiques à alerter sur le danger que représente Hitler. Il plaide pour le réarmement et une politique de fermeté. Il reste isolé.

Mandel incarne une droiture républicaine inflexible, refusant à la fois le pacifisme naïf des années 30 et la capitulation devant l’Allemagne nazie. En juin 1940, alors que la République vacille, il s’oppose à l’armistice. Les Britanniques lui proposent de quitter la France ; il refuse :
« Vous craignez pour moi parce que je suis juif. C’est justement parce que je suis juif que je ne partirai pas. »
Il fait partie des 80 parlementaires qui refusent les pleins pouvoirs à Pétain. Arrêté, emprisonné, livré aux Allemands, il partage sa captivité avec Léon Blum à Buchenwald.

Churchill, qui le considère comme un véritable homme d’État, souhaite lui confier un rôle central dans la France libre. Mais Mandel, conscient que son identité juive serait exploitée par la propagande de Vichy et des nazis, soutient la légitimité de De Gaulle.
En juillet 1944, après l’exécution du propagandiste Philippe Henriot par la Résistance, Vichy orchestre l’assassinat de Mandel, en représailles.
Peu après, sa fille Claude, 14 ans, adresse à Pétain une lettre d’une dignité remarquable dont voici un extrait : « Le nom que j’ai l’immense honneur de porter, vous l’aurez immortalisé… Il servira d’exemple à la France et l’aidera à se retrouver, bientôt, dans le chemin de l’honneur et de la dignité. 
Lire l'intégralité de cette lettre (et celle adressée à Laval) ICI.

Georges Mandel est l’une des figures républicaines majeures de la première moitié du XXe siècle. Républicain intransigeant, fidèle à la démocratie parlementaire, au patriotisme civique, à la laïcité, il s’est opposé dès le départ à l’idéologie nazie et au renoncement.
Avec Léon Blum, il incarne ce que notre époque devrait encore méditer. À l’heure où certains répètent que "l’Ukraine n’est pas notre guerre", son parcours rappelle une vérité simple :
Une agression contre le droit, la liberté et la souveraineté d’un peuple concerne tous ceux qui s’en réclament.
Mandel l’avait compris. L’histoire lui a donné raison.

mardi 1 avril 2014

Robert Lynen (1920-1944)
Robert Lynen – Fusillé à 23 ans

Robert Lynen naît le 24 mai 1920 à Nermier, dans le Jura, dans une famille d’artistes. Installé à Paris dès l’enfance, il est repéré à douze ans par Julien Duvivier et connaît un succès rapide au cinéma. Il devient l’un des jeunes acteurs les plus en vue des années 1930, notamment avec Poil de Carotte (1932), Sans famille (1934) et Le Petit Chose (1938).

En 1940, alors que sa carrière est solidement établie, il cesse progressivement toute activité artistique. Influencé par son entourage familial et hostile à l’Occupation, il s’engage dans la Résistance. Il rejoint le réseau de renseignement Alliance, sous l’autorité de Marie-Madeleine Fourcade, et prend le pseudonyme de « L’Aiglon ». Il assure des missions de liaison et de collecte de renseignements militaires, notamment sur les états-majors allemands jusqu’en Belgique.

Arrêté par la Gestapo à Cassis en février 1943 à la suite d’une dénonciation, Robert Lynen est emprisonné à Marseille, interrogé et torturé, puis transféré en Allemagne. Après plusieurs mois de détention et deux tentatives d’évasion, il est jugé en décembre 1943 par un tribunal militaire du Reich et condamné à mort pour espionnage.
Robert Lynen est fusillé le 1er avril 1944 à Karlsruhe, avec plusieurs membres de son réseau. Il a vingt-trois ans. D’abord enterré dans une fosse commune, son corps est rapatrié en France en 1947. Il est reconnu Mort pour la France et repose au cimetière de Gentilly, dans le carré militaire.

jeudi 2 janvier 2014

Pierre Valcelli (1922-1944)
Pierre Valcelli – Un jeune partisan tombé dans le Var.

Pierre Valcelli naît le 24 janvier 1922 à Salernes, dans le Var, au sein d’une famille ouvrière d’origine italienne. Céramiste de métier, il s’engage très jeune dans les Jeunesses communistes. Lorsque la répression s’intensifie, il rejoint les Francs-tireurs et partisans sous le pseudonyme de « René », convaincu que la lutte armée est devenue inévitable.
Au printemps 1943, il fait partie des premiers résistants à rejoindre le maquis Faïta, dans le massif des Maures. Rapidement repéré par les forces de l’ordre après une attaque du camp et la découverte d’effets personnels lui appartenant, il entre dans une clandestinité totale. De déplacements en replis, Valcelli suit le maquis à travers le Var et s’impose comme l’un de ses éléments les plus actifs.
Il participe à de nombreuses opérations – sabotages, actions de récupération, et surtout coups de main audacieux. À l’automne 1943, il prend part à la libération de camarades FTP arrêtés au Luc après une affaire de tickets de rationnement. Quelques semaines plus tard, le 13 décembre 1943, il est l’un des résistants engagés dans l’évasion spectaculaire de la prison de Draguignan, qui permet de soustraire plusieurs détenus aux mains de la Gestapo.
Reconnu pour son engagement, il est nommé commissaire aux effectifs du détachement FTP « Guy Môquet ». À la fin de l’année 1943, son groupe stationne à la ferme des Limattes, sur la commune de Signes, non loin de Toulon. Le 2 janvier 1944, le camp est attaqué par la Wehrmacht et des auxiliaires de la compagnie Brandebourg. Pierre Valcelli est abattu avec huit de ses camarades et le berger qui les aidait – son corps porte les traces de balles et de coups de baïonnette.
Ses obsèques, célébrées à Salernes le 7 janvier 1944, prennent l’allure d’une manifestation patriotique massive, malgré l’Occupation. Les autorités allemandes elles-mêmes notent l’ampleur de l’hommage rendu par la population. Après la guerre, son nom est donné au maquis FTP de Claviers-Brovès, créé au printemps 1944. Il est cité à l’ordre de la Nation et décoré de la Croix de guerre à titre posthume.
Pierre Valcelli incarne cette génération de très jeunes résistants pour qui l’engagement ne fut ni théorique ni lointain. Ouvrier, militant, combattant, il choisit l’action directe et y laissa la vie – à 21 ans – mais aussi derrière lui une mémoire inscrite dans le paysage et dans l’histoire du Var.


mardi 2 juillet 2013

Henri Fertet (1926-1943)
Henri Fertet – Un lycéen dans la Résistance.

Henri Fertet naît le 27 octobre 1926 à Seloncourt (Doubs) dans une famille d’instituteurs. Élève au lycée Victor-Hugo de Besançon, passionné d’histoire, il s’engage dans la Résistance à l’été 1942, à seize ans, au sein d’un groupe actif près de Larnod.

En février 1943, ce groupe rejoint les Francs-Tireurs et Partisans sous le nom de groupe Guy Môquet, appellation proposée par Fertet lui‑même. Il participe comme chef d’équipe à plusieurs actions armées, notamment des sabotages d’infrastructures et des attaques contre des représentants de l’occupant allemand dans la région de Besançon.

Arrêté le 2 juillet 1943 au domicile familial, il est détenu pendant près de trois mois à la prison de la Butte. Condamné à mort par un tribunal militaire allemand, Henri Fertet est fusillé le 26 septembre 1943 à la citadelle de Besançon, à l’âge de seize ans, avec quinze de ses camarades. Voici la lettre qu'il adresse à ses parents.
Il est nommé Compagnon de la Libération à titre posthume en 1945. Son nom est resté associé à l’engagement précoce de très jeunes résistants dans la lutte intérieure.

vendredi 31 mai 2013

Berty Albrecht (1893-1943)
Berty Albrecht – Une fondatrice du mouvement Combat

Berty Albrecht, née Berthe Wild le 15 février 1893 à Marseille, est issue d’une famille protestante de la bourgeoisie marseillaise. Infirmière diplômée avant la Première Guerre mondiale, elle travaille pour la Croix-Rouge, puis séjourne à Londres, où elle se familiarise avec les milieux féministes britanniques. Mariée en 1918 au banquier Frédéric Albrecht, elle a deux enfants. Séparée de son époux, elle s’installe à Paris au début des années 1930.

Avant-guerre, Berty Albrecht s’engage fortement dans les combats féministes et antifascistes. Proche de la Ligue des droits de l’homme, elle milite pour le droit à la contraception et à l’avortement et participe à plusieurs initiatives internationales contre la guerre et le fascisme. Elle organise également l’accueil de réfugiés allemands fuyant le nazisme. C’est dans ce contexte qu’elle rencontre Henri Frenay.

Dès 1940, elle s’engage avec lui dans la Résistance. À Vichy puis à Lyon, elle participe à la création du Mouvement de libération nationale, devenu Mouvement de libération française, puis Combat, dont elle intègre la direction. Elle joue un rôle central dans l’organisation du mouvement : structuration des réseaux, presse clandestine, liaisons, aide sociale aux militants emprisonnés et à leurs familles. Elle est également l’une des principales organisatrices des groupes féminins de Combat et agit comme un relais stratégique auprès de Frenay.

Surveillée par la police française en raison de son passé militant, elle est arrêtée une première fois en janvier 1942, puis de nouveau en mai et internée à Vals-les-Bains. Elle obtient d’être jugée après une grève de la faim, est condamnée à une peine de prison, puis transférée à Lyon. En novembre 1942, elle simule la folie pour être internée à l’hôpital du Vinatier, d’où elle s’évade avec l’aide d’un commando de Combat.

Refusant de quitter la France, elle reprend la clandestinité sous le pseudonyme de Victoria. Le 28 mai 1943, à la suite d’une trahison, elle est arrêtée à Mâcon par la Gestapo, en présence de Klaus Barbie. Après interrogatoires et tortures, elle est transférée à la prison de Fresnes, où elle meurt le 31 mai 1943. Les autorités allemandes concluent à un suicide.

Berty Albrecht est faite Compagnon de la Libération à titre posthume. Elle est l’une des six femmes à recevoir cette distinction et l’une des deux inhumées dans la crypte du mémorial de la France combattante au Mont-Valérien.